Témoignages percutants
À l'écoute de la science : miser sur la collaboration et la collecte de données pour sauver la pêche à la morue dans le Nord canadien
Des décennies de collaboration entre le secteur privé, les pouvoirs publics, les institutions scientifiques et les ONG ont permis de sauver une pêcherie emblématique d'un effondrement catastrophique, constituant ainsi un exemple mondialement reconnu de reconstitution d'une pêcherie fondée sur la science.
La pêche à la morue du Nord au Canada, au large des côtes nord et est de Terre-Neuve-et-Labrador, était autrefois l’une des plus importantes au monde, assurant l’alimentation, l’emploi et un mode de vie à la population depuis des centaines d’années. Mais à la fin des années 1980, une exploitation excessive, favorisée par les nouvelles technologies et des erreurs de gestion, a dangereusement épuisé les stocks. En 1992, la pêcherie s'est complètement effondrée, et le gouvernement canadien a instauré un moratoire quasi total, ne permettant qu'un volume de captures très limité pour les pêcheries dites « sentinelles » et « de gestion responsable ».
Quelques années plus tard, dans les années 1990, alors que le stock montrait certains signes de rétablissement, une petite pêcherie a rouvert ses portes sur la base d’observations isolées indiquant une certaine abondance dans les eaux côtières. Cependant, des données supplémentaires ont révélé que le stock se situait toujours en dessous des niveaux critiques, et la pêche commerciale a de nouveau été suspendue. Le stock est alors resté appauvri, sans montrer de signes notables de rétablissement pendant plus d’une décennie.
En 2010, la population de morue a de nouveau montré des signes de reconstitution. SFP constituer une coalition de parties prenantes prêtes à consacrer des fonds et du temps pour améliorer la surveillance, renforcer les bases scientifiques afin de répondre à des questions clés et réduire les incertitudes. Nous voulions également nous assurer que la pêche ne serait ouverte que lorsqu’elle serait conforme aux meilleures pratiques de précaution. Nous avons trouvé des leaders locaux exceptionnels au sein du secteur, qui partageaient déjà ces objectifs et étaient impatients de voir les stocks de poissons se reconstituer et la pêche rouvrir progressivement et prudemment, en s’appuyant sur les meilleures données scientifiques possibles. Après près de 15 ans de collecte de données, de coopération et de patience, ces efforts ont porté leurs fruits, et le gouvernement canadien a rouvert la pêche en 2024.
Chronologie de la collaboration dans le secteur de la pêche à la morue du Nord au Canada
Rassembler les parties prenantes
2010 : SFP une réunion des PDG de l'industrie mondiale du poisson blanc et entame des discussions avec des ONG environnementales au Canada ainsi qu'avec le ministère canadien des Pêches et des Océans (MPO). À la suite de ces discussions, les parties prenantes commencent à élaborer un projet d'amélioration de la pêche (PIP) pour la morue du Nord, marquant ainsi le début d'efforts structurés de reconstitution menés par l'industrie.
2011 :SFP la Table ronde sur la chaîne d’approvisionnement de la morue de l’Atlantique Nord-Ouest (SR), qui rassemble les principaux acheteurs, transformateurs et fournisseurs de morue américains et canadiens afin de surveiller les stocks de morue et de promouvoir des améliorations. La SR suit l’état des stocks, coordonne les mesures de durabilité et maintient la pression des acheteurs en faveur d’une gestion fondée sur la science, en ralliant les membres du secteur à l’idée que toute réouverture doit être subordonnée à une reconstitution vérifiée des stocks. La SR reste active jusqu’en 2020, coordonnant les actions du secteur et suivant les progrès en matière de durabilité.
Lancement d'initiatives d'amélioration menées par le secteur
2015 : Le programme mené par le secteur Programme d’amélioration des pêcheries (FIP) pour la morue de l’Atlantique canadienne (2J3KL) – palangre, chalut, filets maillants et ligne et hameçon est lancé. Ce FIP, hébergé et dirigé par l’Atlantic Groundfish Council (AGC), Icewater et Ocean Choice (OCI), vise à recueillir et à apporter de nouvelles données scientifiques afin d’améliorer la compréhension du stock et de garantir que la pêche ne soit pas réouverte trop tôt ou trop rapidement. SFP un rôle de soutien dans la structuration du FIP, la mise en relation des acteurs de la chaîne d’approvisionnement et l’aide à la mise en œuvre.
Les participants au FIP commandent des collectes de données approfondies afin de renforcer les évaluations des stocks et collaborent avec les autorités de régulation pour élaborer des plans de gestion de cette pêcherie, dans le but de garantir, à terme, une réouverture de la pêcherie fondée sur des données scientifiques et respectueuse du principe de précaution.
Renforcer les efforts de collecte de données scientifiques
2019 : Le Plan d’amélioration des pêcheries (FIP) pour la morue du Nord, en collaboration avec l’AGC et l’Association des producteurs de produits de la mer (ASP), lance une initiative visant à marquer et à suivre la morue dans le cadre de la pêche, afin d’enrichir les données et d’améliorer la compréhension de la répartition, des schémas de migration et de la génétique du stock de morue. SFP à la supervision et à la coordination des efforts de suivi et continue d’œuvrer pour concilier les attentes scientifiques et celles du marché.
2019 : Le Canada adopte une nouvelle loi sur les pêches, qui impose pour la première fois l’élaboration de plans de reconstitution des stocks surexploités. Diverses ONG canadiennes ont œuvré de différentes manières pour soutenir cette avancée (SFP n’SFP pas participé).
2021-2023 : Le FIP intensifie encore davantage ses travaux de recherche en déployant un système de surveillance à grande échelle de niveau mondial et en développant ses études génétiques et écosystémiques. Plus de 1 000 morues sont marquées dans le cadre de ce projet d’étude, qui comprend un réseau de détection acoustique de 700 km comprenant 75 stations de réception. Ces investissements de plusieurs millions de dollars améliorent considérablement les connaissances sur la structure et la migration des stocks et contribuent à affiner l’évaluation de ces derniers.
2023 : Le Canada intègre des données portant sur des années antérieures à ses analyses visant à déterminer le nombre de poissons adultes nécessaire pour produire un nombre de juvéniles supérieur à la moyenne (le « point de référence de la limite inférieure » ou LRP). L’ajout de ces données comble des lacunes importantes et entraîne une baisse du LRP qui, conjuguée aux résultats de l’évaluation indiquant la reconstitution du stock, conduit le MPO canadien à sortir le stock de morue du Nord de la « zone critique ».
Avril 2024 : SFP rencontre d’autres parties prenantes du FIP avant le salon Seafood Expo Global à Barcelone pour discuter du projet en cours et des perspectives de réouverture. Les participants réaffirment leur engagement à rouvrir progressivement la pêcherie, conformément aux meilleures pratiques et en s'appuyant sur les données scientifiques les plus fiables disponibles.
Juin 2024 : Plus de 30 ans après la fermeture initiale, le gouvernement canadien rouvre la pêche à la morue du Nord, au-delà de la pêche de gestion réservée aux navires côtiers. Conformément à l’approche scientifique qui a caractérisé le processus de reconstitution et afin d’éviter toute surpêche susceptible de mettre en péril le stock, le gouvernement fixe le total admissible des captures (TAC) à 18 000 tonnes, un niveau faible par rapport à la taille du stock. Toutefois, l'état du stock ne représente encore qu'environ un tiers des estimations du niveau historique maximal des années 1970.
2025 : Les résultats de l’évaluation publiés par le MPO canadien montrent que la morue du Nord possède désormais la deuxième plus grande biomasse de stock reproducteur parmi tous les stocks de morue de l’Atlantique. Le MPO et les parties prenantes s’emploient actuellement à définir le niveau cible du stock qui permettra d’assurer une pêche hautement productive à long terme. Les parties prenantes entament également l’élaboration des règles destinées à orienter les décisions relatives aux quotas en fonction des différents niveaux de biomasse du stock (la « règle de contrôle des captures » ou HCR). SFP de collaborer avec l’AGC pour examiner ces travaux et contribuer à la formulation de recommandations concernant les TAC. Les participants au FIP poursuivent leur coordination afin de surveiller le stock et d’évaluer sa réponse à la pression de pêche.
2026 : L'évaluation du stock montre une reconstitution continue du stock, un recrutement satisfaisant de juvéniles et une abondance accrue de proies (capelan). La taille du stock de morue du Nord adulte est estimée supérieure à celle des autres principaux stocks de morue (Islande et mer de Barents).
La FIP annonce son intention de se soumettre à l'évaluation complète du MSC. Le FIP entre désormais dans une phase de gestion et de durabilité à long terme qui comprendra la poursuite du suivi acoustique et de la recherche, la maintenance et la modernisation des systèmes de surveillance, ainsi que l’élargissement des études génétiques et écosystémiques. Parmi les priorités des participants figurent la garantie que la pêche reste dans les limites de durabilité et le renforcement des cadres de gestion, notamment les travaux en cours visant à définir le TRP.
Note à l'attention du secteur de la pêche à la morue du Nord
Notre PDG et fondateur, Jim Cannon, a débuté sa carrière dans le domaine de la pêche durable et de la protection des océans en menant des recherches sur la gestion de la pêche à la morue dans les années 1990. Dans un récent article de blog consacré à l'avenir de la pêche à la morue du Nord, Jim a écrit ce qui suit :
SFP les acteurs clés du secteur ainsi que toutes les personnes ayant contribué aux succès enregistrés à ce jour dans le cadre de la reconstitution des stocks de morue du Nord. SFP déterminée à soutenir la poursuite de la reconstitution de ce stock halieutique de renommée mondiale. Nous nous attacherons en particulier à maintenir et à renforcer l’alliance sectorielle qui a joué un rôle essentiel dans la reconstitution et la réouverture de la pêcherie. Cette alliance s’étend des pêcheurs opérant dans les mers canadiennes, en passant par les transformateurs côtiers, jusqu’aux distributeurs de produits de la mer et aux supermarchés du Royaume-Uni, de la France et d’autres marchés clés.
Le maintien et le renforcement de cette alliance aideront le secteur de la pêche à mener à bien les tâches en suspens, telles que l’élaboration d’une règle de contrôle des captures (HCR), et permettront à ce secteur de se préparer à relever d’autres défis qui surgiront inévitablement à différents moments à l’avenir et menaceront son avenir. Une vigilance constante et une contribution proactive de l’ensemble de la filière des produits de la mer permettront de garantir que la recherche scientifique reste à la pointe au niveau mondial et que les meilleures pratiques continuent d’être mises en œuvre. C’est notre meilleur atout pour assurer l’abondance de la morue à l’avenir.
Une dernière remarque. Jusqu’à présent, les grands médias ont largement omis de relayer cette bonne nouvelle. Mais vous pouvez être sûrs que lorsque les cours des actions baisseront à nouveau à l’avenir, certaines voix accuseront le secteur de surexploitation et d’être à l’origine de ce déclin, et – en raison du tristement célèbre effondrement des années 1990 – les médias relayeront cette mauvaise nouvelle, instantanément et à grand renfort de publicité, dans le monde entier.
À ce stade, il est essentiel que le secteur local puisse faire valoir un bilan solide auprès du public, non seulement en matière de respect rigoureux des règles, mais aussi en termes de collaboration proactive à la gestion des pêches, de partage de données pour aider les scientifiques à évaluer la pêcherie, de travail avec les ONG environnementales locales et de collaboration avec les autorités de régulation afin de garantir les meilleures pratiques de gestion et le principe de précaution dans la fixation des quotas. Il est également essentiel que les détaillants des marchés éloignés aient connaissance de l’ensemble de ce travail et puissent réagir rapidement et de manière concrète, en communiquant avec leurs clients et en contribuant à contrer les discours erronés.
L'alliance que nous avons contribué à mettre en place au cours des 15 dernières années, et que nous entendons poursuivre, jouera un rôle essentiel pour aider nos clients à garantir à leurs consommateurs et à leurs investisseurs que les stocks de cabillaud se sont rétablis, pour de bon.