Les 8 et 9 juin 2026, j’ai participé à l’événement « Whales Are In Our Nature », organisé par Pew Charitable Trusts, Oceans North Conservation Society, la Fédération canadienne de la faune et la Georgia Strait Alliance. Cet événement a réuni des membres de la communauté œuvrant pour la conservation des baleines, des représentants du gouvernement fédéral et d’autres parties prenantes clés afin de promouvoir des mesures concrètes pour la protection des baleines à travers le Canada, en soutien à Stratégie canadienne 2026-2030 sur les engins de pêche sans danger pour les baleines.
L'événement a débuté par une réception en soirée le 8 juin, organisée à l'occasion de la Journée mondiale des océans, au cours de laquelle l'honorable Joanne Thompson, ministre canadienne des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, a prononcé le discours d'ouverture.
Tracer la voie vers la commercialisation de produits de la mer respectueux des baleines
Le 9 juin, j'ai animé l' atelier intitulé « Coexistence entre la pêche et les baleines : solutions pour éviter l’enchevêtrement des baleines franches de l’Atlantique Nord », SFP . Cet atelier portait sur la mise en œuvre de technologies de pêche « à la demande » (sans cordage) dans les pêcheries utilisant des nasses et des pièges à travers le Canada, ainsi que sur les enjeux, les défis et les opportunités liés à la chaîne d’approvisionnement des produits de la mer issus de la pêche « à la demande », et sur la volonté des pêcheurs d’adopter ces nouvelles technologies.
Notre discussion a mis en évidence que le passage des produits de la mer respectueux des baleines du stade des projets pilotes à celui de la commercialisation à grande échelle nécessitera des engagements plus fermes de la part du marché, une collaboration intersectorielle et des mesures concrètes de la part de toutes les parties prenantes. Bien que les participants aient reconnu que les discussions concernant la mise sur le marché du homard et du crabe pêchés à la demande n’en sont encore qu’à leurs débuts, un consensus s’est dégagé quant à l’intérêt croissant manifesté par les acheteurs, les détaillants et les fournisseurs de produits de la mer.
Les participants ont également souligné que les fermetures de pêcheries en cours et prévues, liées à la protection des baleines, restent une préoccupation majeure pour les acteurs du secteur en raison de leur impact sur la disponibilité des produits et la rentabilité. Ils ont insisté sur le fait que des incitations économiques, notamment des primes de prix potentielles, seront essentielles pour encourager les pêcheurs à adopter des technologies de pêche « à la demande » (sans cordage). L’un des principaux défis et opportunités identifiés était la nécessité de développer des systèmes fiables permettant de séparer, de vérifier et de tracer, tout au long de la chaîne d’approvisionnement, les homards et les crabes capturés à l’aide d’engins de pêche « à la demande ». Ils ont également reconnu qu’il serait essentiel de comprendre la disposition des consommateurs à payer pour des produits de la mer certifiés sans danger pour les baleines afin d’évaluer la viabilité à long terme du marché et son potentiel de développement. Dans l’ensemble, un large consensus s’est dégagé sur le fait qu’une collaboration entre tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement – acheteurs, fournisseurs, transformateurs, détaillants, agences gouvernementales et organisations de conservation – sera nécessaire pour stimuler la demande du marché, soutenir l’adoption de ces technologies et faire progresser la conservation des baleines.
Une saison marquée par les imbroglios
Malheureusement, cet événement a coïncidé avec l’ enchevêtrement d’un jeune rorqual de l’Atlantique Nord (NARW). La baleine a été observée nageant avec une ligne emmêlée le long du côté gauche de sa bouche, traînant derrière sa nageoire caudale et s'étendant dans la colonne d'eau. Les sauveteurs ont localisé la baleine près des Îles-de-la-Madeleine, au Canada ; cependant, des conditions météorologiques défavorables ont empêché de mener à bien l'opération de dégagement. La baleine, un mâle âgé de cinq ans (n° 5192), avait déjà été observée sans engin de pêche dans les eaux américaines le 21 avril 2026, dans la baie du Massachusetts. Au 26 juin 2026, la baleine n’avait pas été revue.
Malheureusement, l’année 2026 a également été marquée par la mort de la baleine franche de l’Atlantique Nord « Division », victime d’un enchevêtrement dans un engin de pêche fantôme canadien, ainsi que par l’enchevêtrement persistant de « Monarch » dans un casier à homard posé dans les eaux de l’État du Massachusetts. Par ailleurs, un baleineau a été retrouvé mort en début d’année, la cause du décès restant inconnue.
Les baleines franches de l'Atlantique Nord ne sont pas les seules espèces touchées par les enchevêtrements dans les engins de pêche fixes. Le 14 juin 2026, l'équipe d'intervention en cas d'enchevêtrement d'animaux marins du Center for Coastal Studies a réussi à libéré une jeune baleine à bosse qui s'était empêtré dans un engin de pêche au sein du sanctuaire marin national de Stellwagen Bank (États-Unis). Bien que la baleine ait subi des blessures suite à cet enchevêtrement, les secouristes restent optimistes quant à son rétablissement.
Les fermetures de pêcheries font monter les enjeux
L'événement du 9 juin a également coïncidé avec des fermetures saisonnières de la pêche au Canada provoquées par la présence de baleines franches de l’Atlantique Nord, une espèce menacée. À l’époque, ces fermetures ont touché environ 65 % de la flotte régionale pratiquant la pêche au casier et au piège. Cette fermeture sans précédent a suscité de vives inquiétudes au sein de la communauté des pêcheurs, entraînant une augmentation substantielle des demandes de renseignements concernant l’utilisation d’engins de pêche de secours et mettant en évidence l’incertitude entourant les répercussions économiques des mesures de protection des baleines.
Ces incidents soulignent l’importance de développer et de mettre en œuvre des technologies de pêche respectueuses des baleines, notamment des engins de pêche adaptables, afin de mieux protéger les mammifères marins tout en favorisant la durabilité et la résilience à long terme du secteur des produits de la mer. La poursuite des discussions, telles que celles qui se sont tenues le 9 juin, met encore davantage en évidence la nécessité d’un dialogue soutenu et de partenariats efficaces entre les parties prenantes.
Alden Gaudet, pêcheur, et Sahra Skripsky, spécialiste des engins de pêche et des opérations à la Fédération canadienne de la faune, ont présenté des engins de pêche disponibles à la demande lors de la réunion.
Anne a animé l'atelier intitulé « Coexistence entre la pêche et les baleines : solutions pour éviter que les baleines franches de l'Atlantique Nord ne s'empêtrent », organisé dans le cadre de la réunion.